Note34
Ṣafiyya bint Ḥuyayy et la filiation aaronide des Juifs de Médine
Ṣafiyya bint Ḥuyayy ibn Akhṭab appartenait à la tribu juive des Banū al-Naḍīr, établie à Yathrib (Médine). Les sources islamiques lui attribuent une ascendance remontant à Hārūn ibn ʿImrān (Aaron), frère de Mūsā (Moïse). Cette revendication n'est pas isolée : elle s'inscrit dans une tradition plus large concernant les Banū al-Naḍīr et les Banū Qurayẓa, deux tribus fréquemment présentées comme issues de la lignée sacerdotale d'Aaron.
Le hadith
Une tradition rapportée par at-Tirmidhī (n° 3892), qu'il qualifie de ḥasan ṣaḥīḥ gharīb, relate que Ṣafiyya se plaignit au Prophète que ʿĀʾisha et Ḥafṣa l'avaient rabaissée en disant qu'elle était « la fille d'un Juif ». Le Prophète lui répondit :
« Pourquoi ne leur as-tu pas répondu : comment pourriez-vous être meilleures que moi, alors que mon mari est Muḥammad, mon père est Aaron et mon oncle est Moïse ? »
Des versions voisines sont également rapportées par al-Ṭabarānī et d'autres compilateurs, notamment par l'intermédiaire de Kināna, le mawlā de Ṣafiyya. Dans l'ensemble de ces traditions, la filiation aaronide de Ṣafiyya est présupposée et présentée comme un élément reconnu de son identité.
La revendication sacerdotale des Banū al-Naḍīr et des Banū Qurayẓa
Les sources musulmanes anciennes associent régulièrement les Banū al-Naḍīr et les Banū Qurayẓa à une ascendance remontant à Hārūn. Ibn Isḥāq, dans la recension d'Ibn Hishām, fait remonter la généalogie des Banū Qurayẓa jusqu'à Aaron. Al-Yaʿqūbī et d'autres auteurs les désignent sous le dual al-Kāhinān (« les deux prêtres »), tandis qu'Ibn Saʿd et plusieurs ouvrages biographiques rappellent que Ṣafiyya elle-même appartenait à cette lignée.
Dans ces récits, la filiation aaronide constitue un marqueur de prestige religieux, fondé sur une appartenance à la lignée sacerdotale d'Israël.
L'analyse des historiens contemporains
Michael Lecker, spécialiste des Juifs de l'Arabie préislamique, a consacré plusieurs études à cette question, notamment dans The Cambridge History of Judaism et dans Jews and Arabs in Pre- and Early Islamic Arabia. Il relève que les Banū al-Naḍīr et les Banū Qurayẓa étaient déjà connus sous l'appellation al-kāhinān et que cette désignation reposait sur leur propre revendication d'une descendance d'al-Kāhin, fils d'Hārūn. Selon Lecker, cette tradition remonte aux Juifs eux-mêmes (fa-zaʿamat Banū Qurayẓa) : elle représente une tradition juive conservée par les sources islamiques plutôt qu'une construction musulmane tardive. Il considère donc la filiation aaronide comme un élément authentique de l'identité revendiquée par ces tribus.
Plus récemment, Ben Abrahamson a soutenu, en réponse aux travaux de Haggai Mazuz, que les Juifs de Yathrib pourraient avoir eu une origine sadducéenne, oniaside ou, plus largement, sacerdotale. Il fonde cette hypothèse sur plusieurs indices tirés des sources, notamment une application particulièrement littéraliste de la loi du talion et une insistance marquée sur les règles de pureté rituelle. Cette thèse demeure toutefois débattue dans la recherche contemporaine.
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