Note41
Possible allusions aux inondations périodiques des tombeaux dans la Vallée des Rois et la Vallée des Reines
À plusieurs reprises, le Coran évoque la noyade de Pharaon et de ses troupes. Il ajoute, dans un passage particulièrement remarquable, que le corps de Pharaon est conservé afin de constituer un signe pour les générations futures. Cette formulation a parfois été rapprochée de la conservation matérielle des dépouilles royales égyptiennes, notamment celles retrouvées dans les nécropoles thébaines.
Les principaux versets relatifs à la noyade de Pharaon
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Sourate Yūnus (10:90-92) : « Et Nous fîmes traverser les flots aux enfants d'Israʾël. Pharaon et ses troupes les poursuivirent avec acharnement et inimitié. Puis, quand la noyade l'eut atteint, il dit: -"Je crois qu'il n'y a d'autre divinité que Celui en qui ont cru les enfants d'Israël. Et je suis du nombre des soumis." Allah dit : Maintenant ? Alors qu'auparavant tu as désobéi et que tu as été du nombre des corrupteurs ! Nous allons aujourd'hui épargner ton corps, afin que tu deviennes un signe à tes successeurs. Cependant beaucoup de gens ne prêtent aucune attention à Nos signes (d'avertissement). »
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Sourate al-Aʿrāf (7:136) : « Alors Nous Nous sommes vengés d'eux; Nous les avons noyés dans les flots, parce qu'ils traitaient de mensonges Nos signes et n'y prêtaient aucune attention. »
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Sourate al-Shuʿarāʾ (26:63-66) : « Et Nous sauvâmes Moïse et tous ceux qui étaient avec lui; ensuite Nous noyâmes les autres. »
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Sourate al-Qaṣaṣ (28:39-40) : « Et il s'enfla d'orgueil sur terre ainsi que ses soldats, sans aucun droit. Et ils pensèrent qu'ils ne seraient pas ramenés vers Nous. Nous le saisîmes donc, ainsi que ses soldats, et les jetâmes dans le flot. Regarde donc ce qu'il est advenu des injustes ! »
- Sourate al-Baqara (2:50) : « Et [rappelez-vous] lorsque Nous avons fendu les flots pour vous donner passage ! Nous vous avons donc délivrés, et noyé les gens de Pharaon, tandis que vous regardiez. »
- Sourate al-Zukhruf (43:55-56) : « Dès qu'ils Nous ont irrités, Nous Nous sommes vengés d'eux et les avons tous submergés. Et avons fait d'eux des devanciers et des exemples [une leçon] pour les autres. »
Dans l'exégèse classique, ces passages sont naturellement compris comme faisant référence à un même événement : la noyade de Pharaon et de son armée lors de la poursuite des Enfants d'Israël. Cette interprétation demeure le sens narratif immédiat des versets.
Cependant, une autre question peut être posée concernant la manière dont certains éléments de ce récit ont pu être conservés dans la mémoire historique. Le paysage de la région thébaine offre, à cet égard, un contexte particulier. Les Vallées des Rois et des Reines, creusées dans des reliefs désertiques, sont exposées à des épisodes d'inondations soudaines et violentes. Ces crues peuvent transporter des masses considérables d'eau, de boue et de débris dans les vallées et affecter les entrées et les abords des tombeaux. Nous allons nous arrêter sur (43:55-56) spécialement.
Explication linguistique de notre traduction de (43:55-56)
Notre traduction — « Dès qu'ils Nous ont irrités, Nous Nous sommes vengés d'eux et les avons tous submergés. Et avons fait d'eux des devanciers et des exemples [une leçon] pour les autres. » — nous paraît linguistiquement cohérent et même pertinent si on la considère comme une interprétation élargie du texte arabe, et non comme une traduction mot-à-mot. L'idée de faire des devanciers au pluriel conforte l'idée d'une sorte de règle.
En effet, le verset 43:55 utilise لَمَّا (lammā), qui signifie fondamentalement "dès que" ou "aussitôt que", avec une nuance d'immédiateté temporelle, et non un simple "lorsque" neutre. Ce terme ne dit rien sur la répétition de l'action ; c'est le contexte qui détermine si l'événement est unique ou une règle. Quant au verbe آسَفُونَا (āsafūnā), c'est un passé accompli ("ils nous ont irrités") qui, en arabe classique, n'implique pas nécessairement un acte ponctuel : il peut très bien désigner une action répétée ou prolongée si le contexte l'indique. Or, le récit coranique présente Pharaon et son peuple comme des oppresseurs récurrents (Cor. 52:9), dont la rébellion s'est manifestée à de multiples reprises avant le châtiment final. Un autre verset parle même d'une malédiction qui les suivait — (Cor. 28:42) : « Nous les fîmes suivre, dans cette vie ici-bas, d'une malédiction. Et au Jour de la Résurrection, ils seront parmi les honnis. »
Cette traduction met l'accent sur le caractère potentielement systématique et habituel de la punition divine face à l'arrogance répétée. Cette lecture fait écho à une tradition interprétative qui voit dans le châtiment de Pharaon non pas un acte isolé, mais l'illustration d'une loi divine constante : chaque fois que l'oppression atteint son comble, la vengeance divine s'abat sans délai. Ainsi, leur prétention de divinité et leurs momifications supposées les rendre éternels se voyait interrogé.
Il est donc possible d'envisager, avec prudence, que la mémoire ancienne de Pharaon ait été associée non seulement à sa noyade, mais aussi au devenir ultérieur des lieux funéraires royaux de manière plus générale : ruissellements, dépôts, dégradations et interventions successives ayant marqué les nécropoles thébaines.
Cette hypothèse ne signifie pas que ce passage coranique décrit directement les inondations de la Vallée des Rois ou de la Vallée des Reines. Le texte coranique identifie explicitement la noyade de Pharaon à un événement fluvial. La question est plutôt de savoir si, derrière la mémoire littéraire de Pharaon conservée dans la tradition, certains motifs ont pu être renforcés ou transformés par l'expérience ultérieure des populations fréquentant les anciennes nécropoles, comme les pillards et les nomades.
Dans cette perspective, les inondations périodiques des vallées funéraires constituent un élément environnemental intéressant à examiner. Elles auraient pu contribuer à la formation d'une mémoire collective, dont ce passage se ferait un écho, associant les anciennes tombes royales à l'eau, à l'engloutissement et à la destruction, même si une telle correspondance ne peut être considérée comme démontrée sans indices textuels ou archéologiques directs.
L'intérêt de cette piste réside donc moins dans une identification directe entre les « flots » du récit de l'Exode et les vallées thébaines que dans la possibilité d'une superposition de mémoires : mémoire de la noyade de Pharaon d'une part, et mémoire des crues récurrentes affectant les nécropoles royales d'autre part.


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