Note8

L'ascendance Lévite vraisemblable du Prophète Muhammad :


□Hāshim ibn ʿAbd Manāf, arrière-grand-père paternel de Muhammad, épousa Salmā bint ʿAmr selon les chroniqueurs. Celle-ci était originaire de Yathrib et son père, ʿAmr, appartenait aux Banū Najjār, un clan de Yathrib que plusieurs sources anciennes associent à la population juive de la ville [1],[2],[3],[4]. 

□La coexistence prolongée, les alliances et les mariages mixtes rendaient possibles des transmissions généalogiques entre populations. Par ailleurs, il est rapporté que les clans israélites de Yathrib se revendiquaient d'Aaron, et qu'ils étaient donc Lévites. L'on pense qu'ils se seraient implantés dans la région vers l'époque de David, ou lors de la déportation à Babylonne [5].  

□Montgomery Watt écrit : «La distinction entre les Arabes de cette strate antérieure et les Juifs est confuse. Les Arabes étaient moins puissants que les Juifs — numériquement treize bastions arabes (atam) contre cinquante-neuf bastions juifs — et entretenaient avec eux des relations de jiwar ou de hilf, c'est-à-dire qu'ils étaient leurs protégés, soit en tant que « voisins » soit comme confédérés. Ils contractaient probablement des mariages croisés, et l'on suppose que le mariage était uxorilocal. Il se peut qu'ils aient adopté la religion juive. Comme on peut s'y attendre, alors, certains clans d'Arabes sont parfois identifiés comme clans juifs ; ainsi, la liste de As-Samhudi des clans juifs inclut les B. Marthad, les B. Mu'awiyah, les B. Jadhma', les B. Naghisah, les B. Za'ura, et les B. Tha'labah, bien que le premier de ceux-ci soit en fait une partie de la tribu arabe de Balî, le deuxième une partie de Sulaym, le troisième et le quatrième des Arabes du Yémen, et les deux derniers des Arabes de Ghassan. On a coutume de dire que les tribus ou les clans juifs authentiques sont au nombre de trois, les Qurayzah, les an-Nadîr et les Qaynuqa. Cependant, ceci est une simplification. As-Samhudi donne une liste d'environ douzaine de clans en plus de ceux déjà mentionnées comme étant clairement d'extraction arabe. Le plus important était les Banu Hadl, étroitement associés aux Banu Qurayzah... »[5]


Les Lévites descendent de Lévi, fils de Jacob. Aaron, frère de Moïse, appartient à la tribu de Lévi et constitue l'ancêtre de la lignée sacerdotale des Aaronides.

Diffusion généalogique d’une ascendance arabe et juive à Yathrib

On peut estimer mathématiquement la diffusion d’une ascendance arabe et juive dans une population où les mariages entre les deux groupes restent extrêmement rares.

Supposons que seulement un mariage sur mille soit un mariage exogame entre un Arabe et un Juif, soit un taux de :

[ p=0,001. ]

À chaque génération, le nombre théorique d'ancêtres d'un individu double. À n générations, il possède donc théoriquement :

[ 2^n ]

ancêtres à cette génération.

Dans un modèle simplifié où les mariages sont indépendants, la probabilité qu'aucun mariage arabe-juif ne soit présent dans l'ensemble de l'arbre ancestral est approximativement :

[ P_0(n)=(1-0,001)^{2^n-1}. ]

La probabilité qu'un individu possède au moins un ancêtre arabe et au moins un ancêtre juif devient alors :

[ P(n)=1-(0,999)^{2^n-1}. ]

Les résultats sont les suivants :

Générations Durée approximative Probabilité d'une ascendance mixte
5 125 ans 3,1 %
6 150 ans 6,2 %
7 175 ans 12,0 %
8 200 ans 22,6 %
9 225 ans 40,0 %
10 250 ans 64,1 %
11 275 ans 87,3 %
12 300 ans 98,1 %
13 325 ans 99,8 %

Ainsi, même avec un taux d'exogamie extrêmement faible, de seulement 1 mariage sur 1 000, la structure exponentielle de l'arbre généalogique entraîne une diffusion rapide de l'ascendance.

Dans ce modèle, après environ 250 ans, près des deux tiers des individus auraient au moins un ancêtre appartenant à chacun des deux groupes. Après environ 275 ans, cette proportion dépasserait 87 %, et après environ 300 ans, elle atteindrait environ 98 %.

Cela signifie qu'une cohabitation prolongée entre populations arabes et juives pourrait théoriquement produire une ascendance généalogiquement très largement partagée, même en présence d'une endogamie extrêmement forte.

Il faut toutefois souligner que le calcul repose sur un arbre généalogique théorique. Dans une population réelle, les mêmes ancêtres apparaissent plusieurs fois dans l'arbre en raison des mariages entre apparentés et de la taille limitée de la population. Le nombre d'ancêtres distincts est donc inférieur à 2^n. Le résultat doit par conséquent être considéré comme une estimation mathématique, et non comme une reconstruction démographique de Yathrib.

Surtout, cette estimation concerne l'ascendance généalogique : avoir au moins un ancêtre arabe et au moins un ancêtre juif. Elle ne signifie pas que l'individu possède nécessairement une proportion importante d'ADN provenant de chacun de ces ancêtres.


Conclusion 

Ces éléments ne permettent évidemment pas d'établir un arbre généalogique rigoureux du Messager le reliant à des ancêtre Lévites, mais ils rendent cette probabilité généalogiquement attendue : une présence israélite ancienne à Yathrib, suivie de plus d'un millénaire [7] de coexistence, d'alliances et de mariages exogames entre populations, devrait permettre la transmission d'une ascendance lévitique au sein d'une lignée ultérieurement considérée comme arabe.


______________

[1] Mus'ab az-Zouhayri, Nasab Quraysh (ed. Levi-Provencal), p. 15;

[2] Ibn Hazm, Jamharat Ansab al-Arab, (ed. Levi-Provencal), p. 12;

[3] Ibn Hishām, Sira, I, 177;

[4] Muh. b. Habīb, Ummahat an·Nabi, p. 2 a, 1. 7·11 (Baghdad 1952).

[5] Henrich Graëtz, Geschichte der Juden von den ältesten Zeiten bis auf die Gegenwart : 11 vols. (History of the Jews; 1853–75), Leipzig. Berlin : arani, 1998, ISBN 3-7605-8673-2. 

[6] Montgomery Watt, Muhammad at Mecca, op. cit., p. 141-142.

[7] Environ 1 600 ans séparent l'époque du roi David de celle du prophète Muhammad, tandis que près de 1 200 ans s'en sont écoulés depuis le ministère du prophète Jérémie et l'exil à Babylone. Puisqu'on pense que les juifs de Yathrib se seraient implantés dans la région vers l'époque de David (environ 1010 à 970 av. J.-C.), ou lors de la déportation à Babylone (environ 597 à 582 av. J.-C.).










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